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Nantissement 3eme pilier : comment garantir un prêt sans liquider son épargne retraite

Nantissement 3eme pilier : comment garantir un prêt sans liquider son épargne retraite

Nantissement 3eme pilier : comment garantir un prêt sans liquider son épargne retraite

Vous avez un 3e pilier bien rempli, vous avez besoin d’un crédit (hypothèque, prêt travaux, financement immobilier)… mais vous n’avez aucune envie de casser votre épargne retraite. Bonne nouvelle : en Suisse, il est souvent possible de « mettre en gage » (nantir) votre 3e pilier plutôt que de le retirer. Sur le papier, c’est l’option idéale. En pratique, il y a des chiffres, des risques et des conditions à bien comprendre avant de signer.

Dans cet article, on va voir ensemble comment fonctionne le nantissement d’un 3e pilier, dans quels cas il est intéressant, ce que ça change pour vos impôts et, surtout, les pièges à éviter pour ne pas transformer votre épargne retraite en bombe à retardement.

Nantir son 3e pilier : qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?

Le nantissement, c’est très simple dans son principe : vous ne retirez pas votre 3e pilier, vous le donnez en garantie à la banque ou à l’organisme de crédit.

Concrètement :

C’est un peu comme si vous disiez à la banque : « Je vous promets que je rembourse. Et si je ne rembourse pas, vous pourrez récupérer une partie de ce que je vous dois sur mon 3e pilier ».

Résultat immédiat : pour la banque, votre profil de risque baisse. Pour vous, cela peut se traduire par :

Nantissement vs retrait de 3e pilier : quelle différence pour votre portefeuille ?

En Suisse, on peut utiliser son 3e pilier pour un achat immobilier de deux façons :

Les impacts sont très différents. Voici les principaux points à comparer.

1. Retrait : plus de fonds propres, mais épargne retraite amputée

2. Nantissement : dette plus élevée, mais prévoyance intacte

On caricature un peu, mais le choix se résume souvent à ceci :

Cas pratique : achat immobilier avec 3e pilier nanti

Imaginons un couple à Lausanne qui veut acheter un appartement de 800 000 CHF.

Ils disposent de :

Les banques exigent en général au moins 20 % de fonds propres, dont au minimum 10 % en dehors du 2e pilier. Ici, cela donne :

Deux scénarios possibles pour compléter avec le 3e pilier.

Scénario A : retrait de 60 000 CHF du 3e pilier

Scénario B : nantissement de 60 000 CHF de 3e pilier

Dans ce scénario B, le couple paiera certes plus d’intérêts, mais :

Quand le nantissement du 3e pilier est-il particulièrement intéressant ?

Le nantissement n’est pas une solution miracle, mais il devient très pertinent dans plusieurs cas typiques.

1. Vous êtes encore loin de la retraite

Si vous avez 30, 35 ou 40 ans, chaque franc laissé en 3e pilier a le temps de travailler pendant 20 ou 30 ans. Le rendement cumulé (même modeste) peut devenir très significatif à long terme. Sortir ce capital trop tôt pour un achat immobilier peut coûter cher en retraite future.

2. Vos revenus sont stables, vos intérêts sont supportables

Le nantissement implique souvent une dette plus élevée. Il faut donc être à l’aise avec la charge d’intérêts. Si votre budget est déjà tendu, inutile de vous rajouter un coussin de dette « pour préserver votre 3e pilier » tout en dormant mal la nuit.

3. Vous voulez maximiser vos déductions fiscales

Les versements annuels dans le pilier 3a sont déductibles du revenu imposable (dans la limite du plafond légal). En gardant un 3e pilier garni et en continuant à l’alimenter, vous cumulez :

En parallèle, les intérêts hypothécaires sont aussi déductibles, ce qui atténue un peu le surcoût d’une dette plus élevée. Mais il faut faire le calcul au cas par cas, canton par canton.

4. Vous anticipez une revente ou une renégociation

Si vous savez déjà que vous ne garderez pas ce bien à vie (mobilité professionnelle, projet de revente à moyen terme), il est souvent plus judicieux de laisser votre 3e pilier intact. En cas de vente, le nantissement est levé et vous récupérez votre prévoyance sans avoir à « recoller les morceaux » d’un retrait passé.

Nantissement et amortissement indirect : le duo fréquent avec l’hypothèque

En Suisse, beaucoup de banques combinent le nantissement du 3e pilier avec ce qu’on appelle l’amortissement indirect.

Au lieu de rembourser le capital de l’hypothèque de manière classique (amortissement direct), vous :

Au bout de 15 ou 20 ans, le capital accumulé dans le 3e pilier est utilisé (au moins en partie) pour rembourser une tranche de l’hypothèque.

Avantages potentiels :

Inconvénients à ne pas oublier :

Quels risques en nantis­sant son 3e pilier ?

Mettre son 3e pilier en garantie, ce n’est pas anodin. Quelques risques à bien peser.

1. En cas de défaut de paiement

Si vous ne pouvez plus rembourser votre prêt (perte de revenu, séparation, maladie) et que la banque ne parvient pas à récupérer son dû autrement, elle pourra prendre tout ou partie de votre 3e pilier nanti. Vous perdez ainsi une partie de votre épargne retraite au pire moment.

2. En cas de baisse des marchés (pour un 3e pilier en titres)

Si votre 3e pilier est investi en fonds (actions, obligations, etc.), sa valeur peut fluctuer. Si la valeur du 3e pilier baisse fortement, la banque peut estimer que la garantie devient insuffisante et :

C’est rare, mais pas impossible, surtout en cas de crise financière importante.

3. Moins de flexibilité sur votre 3e pilier

Un 3e pilier nanti est bloqué pendant la durée du nantissement :

Pour certains, c’est une discipline forcée bienvenue ; pour d’autres, une contrainte importante.

Nantissement d’un 3e pilier pour un autre type de crédit, c’est possible ?

On pense surtout à l’immobilier, mais certaines banques ou institutions peuvent aussi accepter un nantissement de 3e pilier pour d’autres prêts (par exemple un crédit important pour travaux ou pour un rachat de parts dans une PME familiale). C’est toutefois plus rare et très dépendant de la politique de risque de l’établissement.

En général :

Si une offre vous est faite sur cette base, demandez toujours un comparatif chiffré : taux, durée, coût total, risques en cas de défaut.

Comment négocier intelligemment un nantissement de 3e pilier ?

Avant d’accepter un nantissement proposé un peu en vitesse par votre conseiller, prenez le temps de passer par ces étapes.

1. Demandez systématiquement une simulation « avec » et « sans » nantissement

Exigez au moins deux scénarios chiffrés :

Comparez :

2. Séparez le choix de la banque et le choix du 3e pilier

Beaucoup de banques pousseront « leur » 3e pilier maison si vous optez pour le nantissement. Rien ne vous oblige à prendre un 3e pilier d’assurance opaque et chargé en frais pour faire plaisir à la banque, surtout si vous avez déjà un 3e pilier bancaire performant.

Questions à poser :

3. Vérifiez les conditions de levée du nantissement

Demandez par écrit :

4. Anticipez l’impact fiscal global

Ne regardez pas uniquement les mensualités :

Un rendez-vous avec un·e fiscaliste ou un·e conseiller·ère indépendant·e peut être largement rentabilisé si les montants en jeu sont importants.

Checklist rapide avant de nantir votre 3e pilier

Avant de signer un nantissement, prenez 10 minutes pour passer en revue :

Le nantissement de 3e pilier est un outil puissant pour accéder à un crédit, surtout immobilier, sans sacrifier votre épargne retraite. Utilisé intelligemment, il vous permet d’acheter plus tôt, de mieux négocier et de rester cohérent avec vos objectifs de prévoyance. Utilisé sans chiffres ni vision d’ensemble, il peut en revanche vous enfermer dans une structure de dettes rigide.

Comme toujours en finance personnelle, ce n’est pas l’outil qui est bon ou mauvais, c’est la façon dont on l’utilise. Prenez le temps de poser les bons chiffres sur la table, de poser des questions précises à votre banque… et de garder la main sur vos décisions.

Félicie

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